La Télé : Image et Son

« Quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt… ». Après la bavure d’Ibrahimovic, en avril 2015 au stade Chaban-Delmas, Vincent Duluc (l’Equipe) a complété ce proverbe chinois : « … et quand un joueur insulte un arbitre, le football français condamne la caméra « .
Il a raison; c’est le joueur le coupable et non ceux qui l’ont entendu. Mais les déclarations des sportifs à chaud après les matches sont parfois excusables et la véritable question à se poser est: pourquoi depuis quelques années les émissions de sport sont-elles si fières de nous faire part des « réactions » des joueurs ?

A la télé, l’important ce sont les images. Les interviews nous ennuient la plupart du temps.
Pour un Michel Platini qui savait distiller une information dont on ne se doutait pas ou un trait d’humour, pour un Gourcuff ou un Gilles Simon capables de donner leur analyse d’un match en bon français,  ou plus récemment encore une Marie Dorin si naturelle, un Renaud Lavillenie plein de franchise ou un Pierre-Antoine Bosse qui répète que le sport est un jeu, combien de sportifs ne disent que des banalités, souvent dans une langue très approximative !
Est-ce vraiment intéressant d’écouter un footeux nous dire que son but récompense le travail de toute l’équipe mais que ce n’est pas parce qu’on a gagné un match qu’on a gagné le championnat et qu’à partir de là… blablabla.
Aux championnats du monde de natation en 2010, on avait interrompu la retransmission d’une course pour l’interview de X en direct. Tu parles d’une aubaine ! X a dit que « voilà il est très content d’avoir gagné parce que voilà c’était son objectif et que voilà il a fait des efforts toute l’année à l’entraînement et que voilà à partir de là il est très satisfait ». Merci beaucoup pour l’info!

Mais le sportif n’est pas le seul responsable.
Quelle est cette mode depuis le début des années 2000 de  » recueillir les impressions » d’un sportif ? Pourquoi demander au joueur de tennis ce qu’il a ressenti alors qu’on voudrait savoir pourquoi il a servi sur le revers de son adversaire au 2e set alors qu’il menait en servant sur le coup droit ou s’il a changé son entrainement au service pour améliorer son pourcentage de premières balles ?
Pourquoi le journaliste demande-t-il : « qu’est-ce que ça fait de perdre? » alors qu’on voudrait savoir pourquoi ce footballeur a tiré au lieu de centrer pour son partenaire qui était seul devant le but vide !

Le sport à la télé ce sont des images, pas des interviews de sportifs. Laissons les aux radios !
Les sportifs sont bons en sport ! Ils ne sont pas toujours bons pour parler. Montrez-nous les sportifs sur les terrains et pas quand ils répondent aux questions pas forcément futées des journalistes.

D’ailleurs, à force d’écouter les athlètes, certains journalistes ne s’expriment pas mieux qu’eux.
Le célèbre « KO mais toujours debout  » (L’Equipe TV pour l’ASVEL le 19/11/2004) nous a beaucoup amusés mais d’autres erreurs nous font moins rire.
« MarquE Cécillon qui a fait matchE nul, lors du testE match de marsE dernier retransmis en directE du ParQUE des Princes, à l’ouestE de Paris ! »
Et Mauresmo qui est « devenue numéro UNE mondiale alors qu’elle s’était faitE peur sur son service. »
D’autres sont « candidats au podium, voire mieux ». Ah bon ! peut-être 2 mètres au-dessus?
Et celui qui nous raconte que untel « s’est  » donné à 120 % ». Il faut qu’on nous explique comment il a fait !
Il est aussi arrivé que ni le journaliste ni le consultant ne connaissent la règle de la compétition (JO 2010) en affirmant que untel se qualifie pour la finale en snowboard half-pipe messieurs ! En vérité, il est éliminé!

Les commentateurs sont devenus extrêmement chauvins. Ils encouragent les Français – il faut reconnaître que c’est la même chose à l’étranger – et oublient de souligner les performances de leurs adversaires.
Attention, le nationalisme, souvent haïssable, n’est peut-être pas loin!
Parfois le commentateur s’égosille parce qu’à un tiers de la course le Français est 3e – « en position de médaille de bronze » (sic) – dans un peloton compact de 18 fondeurs! (André Garcia à Vancouver)! Heureusement que Corinne Niogret, la consultante, était là pour le rappeler à un peu de réserve.
France 2 n’a pas diffusé certaines finales des championnats du monde de natation (en 2010) car il n’y avait pas de Français !
Ce n’est pas normal qu’on dise sur Infosport (en 2009) que Vittoz a fini 4e sans citer le nom des 3 premiers parce qu’ils ne sont pas français.

Et depuis peu (parce qu’on est déçu par la prose des sportifs?) on nous donne à lire les SMS (ou tweets) des téléspectateurs. On sait ainsi que Quentin a veillé avec son grand père pour voir les jeux de Vancouver et que Marie-Colette préfère quand Tsonga porte des chaussettes claires !!

S’il vous plait, les télés, montrez-nous des images de sport.

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